Dans un monde où l’on attend souvent de chacun qu’il suive des chemins bien définis, j’ai toujours ressenti le besoin de sortir des sentiers battus. Jeune chirurgien basé au Danemark, ma vie professionnelle a été imprégnée de précision, de responsabilité et de science. Pourtant, une curiosité intérieure a toujours vibré en moi, une voix intérieure qui me poussait à explorer au-delà des limites du bloc opératoire. Cette voix, persistante et passionnée, a finalement trouvé son expression non pas dans une revue médicale, mais dans le monde transformateur du cinéma.

Le tournant s’est produit en 2024, lorsque j’ai assisté au Festival de Cannes. Au cœur du glamour et du prestige de l’événement, ce qui m’a le plus touché, ce sont les moments calmes et puissants partagés dans la pénombre de la salle : des histoires se dévoilant à l’écran qui témoignaient de la complexité de l’expérience humaine. J’étais assis parmi des inconnus venus du monde entier, unis par une résonance émotionnelle commune. Cette expérience a déclenché quelque chose de profond en moi. J’ai réalisé que la narration, notamment au cinéma, possède un immense pouvoir de connexion, de questionnement et de guérison. Tout comme la chirurgie, le cinéma peut blesser profondément, mais il le fait avec empathie.
Forte de cette révélation, je me suis plongée tête baissée dans le monde du cinéma. J’ai passé des mois à lire, regarder, apprendre et, surtout, écouter. C’est grâce à ce voyage de découverte que j’ai rencontré M. Luqman, un réalisateur expérimenté et visionnaire dont j’admirais le travail depuis longtemps. Notre collaboration est rapidement passée du mentorat à une mission commune : produire un film qui non seulement raconte une histoire captivante, mais reflète également le type de récits complexes et riches de sens auxquels nous croyons tous deux.

Cette vision est devenue My Day, le premier projet de notre nouvelle société de production, The M Production Company. Plus qu’un simple film, My Day est un sujet de conversation, un miroir tendu à la société et un hommage à ceux dont les voix sont trop souvent ignorées.
Une histoire ancrée dans la réalité
My Day est centré sur Bayan, une adolescente de 15 ans qui grandit au Danemark, prise entre les tensions émotionnelles entre son identité en pleine évolution et les attentes de sa famille religieuse et traditionnelle. Le film aborde essentiellement la lutte subtile et souvent silencieuse de l’adolescence, particulièrement pour celles et ceux qui naviguent dans les complexités culturelles de la vie d’immigré.
L’histoire de Bayan se déroule par moments de calme, de tension et de réflexion : le regard persistant dans le miroir, le poids d’un hijab drapé sur sa commode, le silence gênant à table. Le film atteint un moment charnière lors d’une réunion parents-professeurs, lorsque son père est confronté à sa décision de ne pas porter le hijab. S’ensuit non pas une explosion dramatique, mais une confrontation silencieuse entre l’autorité du père et la volonté de la fille.
My Day se distingue par son attachement au réalisme émotionnel. Réalisé par M. Luqman avec la sensibilité qui le caractérise, le film évite le sensationnalisme. Au lieu de cela, le film adopte un style visuel minimaliste – lumière naturelle, prise de vue intime, dialogues épurés – pour entraîner le spectateur dans l’univers intérieur de Bayan. Chaque plan est conçu pour refléter son parcours émotionnel : sa confusion, son courage, sa résistance silencieuse.
Au-delà de l’écran : un objectif plus large
Si My Day est une œuvre de fiction, ses thèmes résonnent profondément avec le vécu de nombreux jeunes, notamment ceux aux frontières de multiples identités culturelles. Au Danemark et dans toute l’Europe, les communautés immigrées et diasporiques continuent de se débattre avec les clivages générationnels, les politiques identitaires et les questions d’autonomie. Les jeunes filles comme Bayan se trouvent souvent à l’intersection de la liberté personnelle et des traditions héritées, où chaque choix devient un champ de bataille pour l’acceptation et la compréhension.
Avec My Day, nous souhaitons amplifier ces histoires, non seulement en tant que cinéastes, mais aussi en tant que défenseurs. Nous sommes convaincus que le cinéma a le pouvoir de susciter l’empathie et d’encourager le dialogue, notamment sur des sujets souvent passés sous silence. Ce film est notre tentative de créer un espace pour ces conversations.
Nous espérons que My Day trouvera un écho auprès d’un public de tous horizons, que ce soit par un sentiment de reconnaissance, de réflexion ou de révélation. C’est une histoire pour tous ceux qui ont déjà ressenti la pression du conformisme, qui ont remis en question les attentes placées en eux ou qui ont lutté pour être véritablement perçus par leurs proches.

Un nouveau chapitre commence
Lancer The M Production Company avec My Day est plus qu’une étape créative marquante ; c’est une déclaration d’intention. Nous sommes là pour raconter des histoires qui comptent, des histoires qui interpellent, éclairent et, surtout, humanisent. Ce film marque le début de ce que nous envisageons comme un voyage nourri par la détermination et l’intégrité artistique.
Pour moi personnellement, My Day représente la convergence de deux vocations : la discipline médicale et la résonance émotionnelle du récit. Toutes deux, à leur manière, sont des actes de bienveillance. Toutes deux cherchent à comprendre la condition humaine. Et toutes deux, je crois, peuvent faire la différence.

En passant derrière la caméra, je n’ai pas abandonné la chirurgie : j’ai simplement ajouté une autre façon d’atteindre le cœur.

