Par Fatou Baro, chroniqueuse culturelle pour MaxMag
Il est un peu plus de 20 heures, ce soir de mars 2026, à Saint-Denis. La place de l’hôtel de ville est plongée dans une effervescence palpable. Les habitants, les militants, les proches, tous rassemblés, scrutent anxieusement les écrans. La tension monte, les téléphones levés, les regards fixés. Puis, soudain, la clameur éclate. Des cris de joie, des embrassades, des larmes de soulagement ou d’émotion pure. Bally Bagayoko est élu maire.
Dans cette atmosphère suspendue, certains pleurent, d’autres restent immobiles, comme pour fixer l’instant dans leur mémoire. Car ce soir-là, ce n’est pas seulement un résultat électoral qui est célébré : c’est une victoire collective, une étape dans une trajectoire de vie qui a incarné, pour beaucoup, l’espoir d’un changement social profond.
Un enfant des quartiers populaires, un homme de terrain
Bally Bagayoko n’est pas arrivé là par hasard. Son parcours est celui d’un homme ancré dans sa ville, façonné par la réalité de Saint-Denis, cette banlieue en pleine mutation, où la diversité et les difficultés sociales cohabitent depuis toujours.
Né en 1973 à Levallois-Perret, de parents maliens, il a grandi dans les quartiers populaires de la ville. Très tôt, il a compris que rien ne lui serait offert : ici, tout se construit, avec patience et détermination. La vie de quartier, la mixité, mais aussi la précarité, ont forgé sa vision de l’engagement.
Le sport comme première école
Son premier socle, c’est le sport. Le basketball devient sa passion, mais surtout un levier pour transmettre des valeurs. En devenant entraîneur auprès des jeunes, Bally Bagayoko apprend à encadrer, à guider, à donner confiance. Discipline, respect, esprit d’équipe : ces qualités lui serviront tout au long de son parcours, dans la vie comme en politique.

Une immersion dans le monde du travail
Avant de faire de la politique, il choisit aussi de travailler. À la RATP, où il occupe des fonctions de cadre, il découvre concrètement le quotidien des travailleurs franciliens. Cette expérience lui donne une compréhension fine des enjeux sociaux, des contraintes du monde du travail, et lui confirme que toute action publique doit partir du réel, des gens ordinaires.
L’engagement politique, étape par étape
En 2001, Bally Bagayoko entre dans la vie politique en devenant adjoint au maire de Saint-Denis. Une étape modeste, mais essentielle, dans une carrière qui ne connaît pas de fulgurances immédiates. Conseiller général en 2008, puis vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, il tisse un lien étroit avec le terrain, avec ses habitants.
Son engagement à gauche évolue avec le temps, jusqu’à rejoindre La France insoumise, où il se forge une place de leader local, porteur d’une voix forte contre les injustices sociales, le racisme et les discriminations.
Apprendre de l’échec, pour mieux rebondir
En 2020, il se présente aux municipales… et perd. Une étape difficile, mais aussi une leçon. Cette défaite lui donne l’occasion de repenser sa stratégie, d’élargir ses alliances et de renforcer son ancrage dans la réalité des quartiers. Elle lui enseigne que la politique ne se résume pas à une victoire électorale, mais à un combat permanent pour la justice sociale.
Donner la parole aux invisibles
Son engagement ne se limite pas aux institutions. Bally Bagayoko investit aussi les espaces où les voix ne sont pas toujours entendues. Invité dans des émissions comme La Plume des Quartiers, il donne la parole à des auteurs, des activistes, des citoyens souvent invisibilisés, qui dénoncent les injustices, le racisme, le harcèlement. Sa participation témoigne de sa volonté de faire entendre celles et ceux qui souffrent, de lutter contre l’indifférence.
La victoire de 2026 : un symbole fort
Ce 15 mars 2026, Bally Bagayoko remporte la mairie de Saint-Denis avec 50,77 % dès le premier tour. Une victoire écrasante, presque historique. La foule, rassemblée sur la place, dépasse largement les chiffres officiels : selon les organisateurs, jusqu’à 20 000 personnes ont répondu à l’appel, portées par l’espoir et la fierté.
Ce résultat dépasse la simple élection. Il symbolise la rupture d’un plafond de verre : pour la première fois, un homme issu des quartiers populaires devient maire de sa ville. C’est une victoire contre l’exclusion, contre la reproduction des inégalités, un pas vers une société plus représentative.
Les ombres d’une victoire
Mais la fête est rapidement ternie par la montée d’attaques racistes et xénophobes, qui surgissent, violentes, sur les réseaux sociaux et dans certains médias. La victoire de Bally Bagayoko dérange, elle remet en question des préjugés profondément ancrés. Il ne se tait pas. Au contraire, il dénonce, il alerte : « Mon parcours n’est pas une exception. Il montre qu’il existe des chemins, que nous devons ouvrir à ceux qui en sont encore trop souvent éloignés. »
Le combat pour l’avenir
Le 4 avril, la mobilisation massive en ville témoigne d’un rejet collectif de la haine. Des milliers de citoyens, d’associations, de militants se rassemblent pour affirmer leur soutien au maire et à sa politique. La jeunesse, les quartiers populaires, les acteurs associatifs, tous se retrouvent pour défendre une ville qui veut tourner la page des discriminations et des inégalités.
Et Bally Bagayoko ne compte pas en rester là. Dans ses discours, il insiste sur l’importance de poursuivre le combat contre les inégalités sociales, de renforcer la cohésion, de lutter contre toutes formes de racisme et de discrimination. Son ambition est claire : faire de Saint-Denis un modèle d’inclusion, de solidarité, d’espoir.
Une trajectoire qui devient un message
Ce parcours, qui l’a mené des terrains de basketball aux responsabilités politiques, incarne une réalité que beaucoup refusent d’ignorer : la nécessité de donner une chance à celles et ceux qui ont été trop longtemps marginalisés. La victoire de Bally Bagayoko pose une question essentielle : combien d’autres trajectoires comme la sienne attendent encore d’être reconnues, soutenues, valorisées ?
Au fond, cette élection n’est pas seulement une victoire personnelle. C’est une étape vers une société plus juste, plus inclusive. Et si l’histoire de Bally Bagayoko montre quelque chose, c’est que, face aux murs de l’exclusion, il existe toujours des chemins d’espoir, et que leur ouverture dépend de nous tous.

